LA MÉDÉANIMIE (extrait)

ÊTRE HUMAIN

« Was ist der Mench ? » demandait Emmanuel Kant au XVIIIe ? Qu’il soit encore  de nos jours nécessaire de chercher une définition philosophique de l’être humain peut paraître étonnant, voire grave, mais au vu de l’actualité, c’est pourtant bel et bien le cas. Nous pourrions tenter de nous inspirer de l’étymologie de cette locution nominale qui ne rendrait guère plus simple notre entreprise, mais non. Alors qu’en dire ?  Certainement pas que l’être humain est à ranger dans l’ordre des primates d’origine africaine apparus aux dernières nouvelles dans le Tchad actuel il y a environ 7 millions d’années et appartenant à la famille des hominidés, ainsi qu’à la sous-famille des homininés. Nous n’en dirons pas plus qu’il est du genre homo et plus précisément de sa 22ième espèce dite sapiens, Ce serait un peu court et parfaitement extrinsèque à notre projet. Nous n’aurons donc ici que faire de sa classification anthropologico-historique. 

C’est à sa nature intime, à son essence que  nous nous intéresserons, et il semblerait qu’elle n’aille pas de soi. Contrairement à  celle du cheval qui sera toujours « équin » ou celle de l’agneau qui ne manquera jamais à son ovinité, l’homme n’est pas toujours « humain » et doit en un sens s’efforcer d’être ce qu’il est. Peut-être même est-ce cet effort qui le constitue essentiellement. Il est inscrit dans son être même de ne pas être achevé et de tendre vers son être qui ne lui est pas donné, si ce n’est sous la forme d’un désir, son être dont il est, de fait, responsable. Dès lors, trois questions s’imposent :

– Est-il ce qu’il se fait sans se référer à une essence qui précéderait son existence ? Comme pourrait le demander Jean-Paul Sartre.

– Est-il conséquemment libre de se choisir mauvais sans pour autant perdre son humanité ?

– Ne peut-il au contraire se vouloir autre que bon dans la mesure où, selon Emmanuel Lévinas et Paul Ricoeur, il se doit tout entier à un entrelacs originel avec autrui et ne saurait objectiver ce dernier sans s’anéantir en tant qu’humain ?  

En tant que médéanimistes, et en vertu d’un acte de foi édictant irrationnellement la priorité de tout ce qui concourt au Vivant (entendu ici comme processus d’épanouissement maximum du germinal), à la lumière de la pensée de Emmanuel Lévinas et Paul Ricoeur, nous poserons la primauté urgente de la philosophie éthique sur toutes ses autres formes. Non pas qu’il faille envisager notre posture spécifique comme foncièrement aride et frustrante, mais plutôt comme originellement portée par le sentiment aigu d’une radicale solidarité des humains, une interdépendance fondatrice du soi de chacun par sa relation-avec-et-pour-autrui, de fait très en-deçà de nos étages pulsionnels et qui ne doit en aucune manière rester à la porte de nos enceintes d’accueil.  D’ores et déjà pouvons-nous écrire qu’une définition de l’être humain ne saurait se départir de cette originelle intersubjectivité, de cet entrelacs principiel sans perdre l’humanité qu’il implique. Dans la mesure où, en ce sens, chacun se doit à l’autre et n’apparaît en tant que lui-même que par la grâce de cette intime imbrication, il est possiblement humanicide de s’autoriser des zones franches où notre origine commune n’aurait pas lieu. Rappelons-le de nouveau : « Le chemin le plus court de soi à soi passe par autrui ». (Paul Ricœur). Le cabinet du médéanimiste est une utopie, en d’autres termes un lieu « bon » ou « idéal » où le trivial ne doit en aucune manière venir assiéger l’essentiel. 

© Thierry Aymès

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