AVOIR UNE ÂME D’ESCLAVE

« Avoir une âme d’esclave, c’est ne pas pouvoir être heurté, ne pas pouvoir être commandé. » (Emmanuel Lévinas/1905-1995)

– A la première lecture, je comprends bien la première définition, mais beaucoup moins la seconde. Comment l’esclave ne peut-il pas être commandé, alors qu’a priori c’est bien le commandement poussé jusqu’à son paroxysme qui fait sa condition.

Raisonnons un peu. Qu’est-ce qu’un esclave ? Certainement pas Spartacus qui fut à l’origine d’une révolte servile au Iier siècle avant Jésus-Christ, non ; l’esclave, le vrai, n’est pas rebelle ; il tient trop à la vie. A l’instar de ce qu’en dit Hegel dans sa Phénoménologie de l’Esprit, il choisit une fois pour toute d’obéir à son instinct qui lui commande de se protéger plutôt que de risquer la mort en lui préférant l’idée qu’il se fait de lui-même et qui, de fait, le promouvrait au rang d’homme libre. Son asservissement s’est ontologisé ; entendez par là qu’il s’est inscrit jusque dans son être au point d’y déloger ce qui le distingue des autres vivants.

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Dès lors, qu’un esclave ne soit pas heurté est compréhensible dans la mesure où celui-ci devient, par crainte absolue du maître, comme habitué à ne plus réaliser que le désir de ce dernier. En tant que tel, il n’est plus sujet. Il n’est pas plus objet du désir du maître qui l’utilise comme on use de sa main pour attraper un verre posé sur une table. Sans doute l’objet a-t-il une dignité en ce qu’il suscite le désir d’un sujet, tandis qu’un instrument n’est qu’un moyen situé entre deux pôles, un lieu de passage dont le propre est d’être nié par le sujet vers l’objet désiré. L’esclave est donc comme le bras du maître, et en tant que bras, il n’est pas conscient de son obéissance. C’est en ce sens qu’il ne peut pas plus être heurté que commandé. Pour qu’il y ait commandement, il faut encore qu’il y ait quelqu’un qui puisse y répondre, et la réponse suppose la distance que l’esclave ne permet pas. Dépossédé qu’il est de son « pour soi », arraché qu’il est à sa subjectivité désirante, il n’est dit obéissant que par « anthropomorphisme ». J’utilise ici ce terme à dessein, puisqu’en ce sens, l’esclave n’est pas un homme à proprement parler.

Thierry Aymès ©

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