SAINTETÉ CONJUGALE (en écriture inclusive… Une horreur ! Plus jamais ça !)

De même que les saint.e.s familiaux.ales, les saint.e.s conjugaux.ales ne partagent leur sainteté qu’avec leurs conjoint.e.s ou leurs parents au sens large. À ne pas confondre avec l’essaim conjugal (ou familial), beaucoup plus menaçant…

Je me souviens avoir lu quelque part que certains humains étaient d’autant plus saints que jamais personne ne le saurait ; d’où le très modeste hommage (ou femmage) que je m’apprête à leur rendre ici. Je m’étonne au préalable, à moins que ce ne soit par igniorance, les « saint.e.s inconnu.e.s » ne soient pas célébré.e.s.

Se peut-il que soient seulement saintes les âmes dont l’amour ne choisit pas son « Qui » ? C’est très probable. Mais décide-t-on jamais d’aimer Qui l’on aime ?

Personnellement, je ne me résous pas à taire l’incroyable patience aimante de certaines femmes ou de certains hommes qui n’ont pas choisi non plus d’avoir tel enfant, tel frère ou telle sœur, ni même tel.le.s conjoint.e.s (que ce.tte dernier.e aient été mystérieusement élu.e par leurs cœurs ou leur parents) et qui les aiment pourtant à en mourir.

Mais qu’est-ce qu’être saint.e après tout ? Est-ce être originellement dépris.e de soi-même par grâce divine ? Si tel est le cas, les saint.e.s chrétien.ne.s, pas plus que les justes du judaïsme ou les  wali de l’Islam n’ont de mérite ; ils ou elles ont été élu.e.s et ont témoigné parfois mortellement de leur lien privilégié avec l’Être de tous les êtres. Peu leur importe leur nombril. D’ailleurs, en un sens, ils ou elles n’en ont pas. La Cause première de leur vie étant située dans l’au-delà de ce monde qu’ils ou elles pensent plus réel que l’Ici-bas, ils ou elles payent, de leur vie ou de leur confort personnel, leur certitude.

Dois-je en rester à cette ingratitude ? Sont-ils ou sont-elles réellement saint.e.s sans le vouloir le moins du monde ? Non, bien sûr. Il serait malhonnête de le penser. L’avoir imaginé quelques secondes suffit amplement. Le Christ n’a-t-il pas lui-même éprouvé un très fort découragement lorsque, crucifié, il s’est senti effroyablement abandonné par son Père ; certain.e.s théologien.ne.s écrivent même qu’à ce moment précis, il descendit aux Enfers et connut la perte définitive du lien qui l’unissait à l’Éternel : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46) ; telles furent ses Paroles dont il revint pourtant en choisissant une forme ultime d’obéissance, une obéissance « de cadavre » selon l’expression de saint François d’Assise. Sans doute les saint.e.s ont-ils ou ont-elles en commun d’avoir perdu toute espérance et de continuer à marcher au cœur même d’une « nuit obscure ».

Quid alors des résistant.e.s athées, des mères ou pères courages sans Dieu, de toutes les bonnes âmes sourdes aux paroles divines ? Doivent-elles être jugées moins saintes pour n’être missionnées que par leur humanité compatissante ? Non, je ne le pense pas. N’ont-elles jamais été tentées par le découragement, le désespoir, la désespérance ? À n’en pas douter, pas moins que les registrées au martyrologe.

Gloire donc aux femmes et aux hommes qui aiment vraiment leurs époux.ses ou leurs conjoint.e.s, non pas à celles et ceux qui les aiment pour des raisons particulières, pour leur intelligence, leur beauté, leur pouvoir, leur renommée ou leur argent non… Gloire à celles et ceux qui aiment avant tout l’imperfection spécifique des aimé.e.s et qui par cet amour les absolvent, les justifient dans leur être. Merci à celles et à ceux qui ne sauraient donner une raison à leur attachement indéfectible et qui, à l’instar d’un Montaigne au sujet de son amitié pour La Boétie disait qu’elle était sans raison véritable. Merci aux saintes épouses, aux saintes conjointes, aux saints époux et aux saints conjoints, aux saint.e.s parent.e.s qui ne savent pas si bien faire en aimant ainsi, qui ne savent pas le miracle d’un amour sans « parce que ». Merci à leur sainte ignorance.

© Thierry Aymès

2 commentaires

  1. showgun13 dit :

    Très joli texte, jolie analyse, nous sommes disposés à aimer tout le monde, serions nous tous le Saint de quelqu’un? Il suffirait simplement ne pas avoir d’ego ce qui ferait de nous un être Divin, mais nous ne pourrions pas faire l’expérience de qui nous voulons être vraiment…et comme tu le dis, gloire à ceux qui aiment l’imperfection, c’est le gage d’un amour authentique 🙂

  2. Robin dit :

    Très intéressant Thierry, hier j’ai écrit un long texte sympa, j’ai pas dû savoir envoyer, le numérique et moi…

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