LA SAINTE ET LE MORT (un conte extrait de « Sous la mémoire… »

Mercredi 28 janvier 2015 à 9h dans l’EHPAD de Bédarrides où j’ai travaillé 9 mois, au lendemain du décès de Maria, je décidai d’écrire un conte pour enfants… Pour très vieux enfants.

                                              Il était une fois, dans un village reculé, une femme pauvre qui avait une drôle de réputation. À ce qu’on disait, depuis quelques temps, elle se dévêtait un peu plus chaque année sans que quiconque ne s’en aperçût vraiment tant ce qui se profilait par dessous semblait tendre et clair. Récemment, elle avait ôté son collier.  Elle l’avait beaucoup aimé.

Non loin de là, dans une ville enfumée, comme toute les villes, plastronnait un drôle de Monsieur, très riche et que tout le monde respectait.

Il était surtout connu pour une raison étrange.  Depuis quelques temps, chaque année, il ajoutait à son accoutrement quotidien une pièce supplémentaire.

Aujourd’hui par exemple, il était arrivé à son bureau en moonboots et tout le monde l’avait remarqué.

Les années passant, l’enfant pauvre finit par se retrouver presque totalement dévêtue par un terrible soir de Noël.  Elle avait grandi, mais sa nudité était tellement parfaite que personne, au grand jamais, n’eût pu noter qu’elle n’avait rien sur elle, excepté ces deux vieilles choses qui recouvraient ses pieds et lui tenaient lieu de chaussettes.

Ce soir-là, elle mourut, au grand étonnement des curieux qui avaient accouru, lorsqu’on leur avait appris qu’une jeune dame avait été trouvée inanimée dans la neige, totalement nue, si ce n’était la paire de chaussettes qu’elle avait aux pieds. Les imaginations allaient bon train.

Au même moment, dans la ville enfumée, le Monsieur Riche qui n’était plus tout jeune, venait de s’écrouler sous la dernière pièce qu’il avait décidé d’ajouter à sa panoplie journalière.

Depuis longtemps déjà, on ne parvenait plus à le distinguer sous ses vêtements et lorsqu’un médecin vient le dégager de ce qui avait fini par n’être plus qu’un amoncellement de pardessus insensé, nul dans son entourage ne parvint à l’identifier, tant son expression était celle d’un pauvre bougre n’ayant rien à voir avec l’homme autoritaire que tous avaient connu.

La jeune femme se présenta donc au ciel, tout heureuse, quand un être d’une grande clarté vint à elle et lui dit :

– « S’il te plaît, ôte tes chaussettes ! »

Un peu interloquée, elle s’exécuta et l’être poursuivit :

– « Dirige-toi à présent vers le miroir du vrai et dis-moi ce que tu y vois. »

La jeune femme n’était pas rassurée lorsque, s’avançant vers le miroir, elle s’y aperçut et dans un cri de joie s’écria :

– « C’est moi ! C’est moi ! »

L’être lumineux reprit; comme si de rien n’était :

– « T’es tu reconnue ? »

– « Bien sûr ! » répondit-elle.

– Alors c’est que tu es vivante » conclut-il.  « Va et vis éternellement, car tu es sainte! »

Le Monsieur aux moonboots la suivait de peu. Il avait l’air un peu égaré. L’ange (car je crois bien qu’il s’agissait là d’un ange) vint à lui et lui demanda, comme il l’avait sans doute fait un nombre infini de fois, de bien vouloir se débarrasser de ses vêtements. Le vieil homme qui était en train de reprendre ses esprits commença par refuser net.  Puis, au bout de la troisième fois que l’ange lui proposa de se déshabiller, il s’exécuta à son tour.

Il n’en finissait pas de se dévêtir.  Plusieurs tricots de peau, plusieurs chemisettes, des pulls par dizaine, et toujours plus grands, des vestes, des manteaux, quatre ou cinq chapeaux et même un parapluie qu’il avait adapté à un immense sombrero bariolé.

– « À présent, dirige-toi vers le miroir du vrai! »

Après avoir précisé qu’ils n’avaient pas gardé les cochons ensemble, le Monsieur riche demanda tout penaud :

– « Où est-il ? »

– « Là, devant toi ! » répondit instantanément l’être du ciel.

L’homme s’avançait d’un pas hésitant vers le miroir immense, lorsqu’il s’exclama :

– « Ah non ! Quel est cet homme nu qui vient vers moi ?! Où sont vos supérieurs ? J’ai deux mots à leur dire ! »

L’ange questionna:

« T’es tu reconnu ? »

– « Reconnu ? En qui ? En cet homme là-bas qui vient à ma rencontre ? Non merci ! Très peu pour moi ! » rétorqua le Monsieur riche éberlué par tant de stupidité :

– « Alors c’est que tu es mort ! » conclu l’être de clarté.

© Thierry Aymès

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