LA PHILOSOPHIE PEUT-ELLE SOIGNER ?

Vaste question à laquelle nous répondrons sans hésitation que c’est sans doute une de ses  vocations premières et, à coup sûr, sa spécificité.

La pensée n’est pas en effet l’apanage de la philosophie.  Certes n’existe-t-il pas d’objet précis auquel la philosophie s’intéresse, et sans doute est-ce ce qui lui valut sa réputation de « reine des sciences » dans la mesure où elle est censée être à même de fonder toute chose, mais l’Histoire pense, les mathématiques pensent, la physique pense, la politique, la sociologie, et le plus rigoureusement possible.  De même, la philosophie est curieuse par nature, elle cherche à connaître et comprendre l’univers dans lequel nous vivons et celui que nous sommes, mais c’est à n’en pas douter, dans le but unique de nous rassurer.  Il n’est, entre autres, que de lire Épicure (….) et sa fameuse Lettre à Ménécée pour s’en convaincre. 

À son époque, l’hypothèse de l’Inconscient psychique était très loin d’être conçue et seule, la pensée logique et consciente tenait lieu de garant vers la paix. Ainsi pouvait-on comprendre, grâce à lui, que la Mort n’était effrayante que par une fâcheuse erreur de raisonnement.  Mais, pour bien saisir son point de vue, encore faut-il connaître sa Physique d’où découle son discours rassurant sur la Mort. Nous comprenons alors que d’une conception strictement atomiste du monde dérive un mode de vie, une éthique. 

D’une doctrine matérialiste, nous aboutissons ici à la certitude logique que la Mort est une chimère et que seule la vie doit être notre préoccupation. Dès lors, « comment vivre sans souffrir et sans faire souffrir ? » restent vraisemblablement les seules questions d’importance donnant possiblement sur un hyperépicurisme qui reste peut-être à penser.

Est-il donc absolument nécessaire de chercher à désamorcer son Inconscient subjectif ou, plus profondément encore l’Inconscient Collectif pour parvenir à la sérénité ?

Nous ne le pensons pas !  Bien sûr, les lourdes psychopathologies ne sauraient se contenter d’une approche philosophique, mais bon nombre d’entre nous ne souffrent-ils pas d’une incohérence logique qu’il est bien souvent aisé de dénoncer, à condition de le vouloir et de prendre le temps nécessaire à cette tâche ?

Le langage courant charie à n’en pas douter une kyrielle de présupposés dont nous ne  soupçonnons pas l’existence.  Ces présupposés, entendons par là, ces affirmations admises comme allant définitivement de soi, orientent sans conteste notre façon de penser ainsi que nos manières d’être et de sentir.

Il s’agit alors d’inspecter ce sur quoi nous nous sommes innocemment édifiés en tant que sujets et de poser les bonnes questions dans le but de valider ou non notre assentiment.

Qui, par exemple, pourrait contester qu’une infrastructure judéo-chrétienne préside à notre façon d’aimer, à notre vision de l’amour à laquelle les notions de fidélité et de famille semblent être indissociablement accolées ?  Même les plus grands mécréants pourraient très bien continuer de charrier cette représentation deux fois millénaires au point de la confondre avec une évidence dont notre affectivité même ne serait que l’épiphénomène insoupçonné.

Sentons-nous, éprouvons-nous avant de concevoir ou est-ce plutôt l’inverse ?  Question métaphysique s’il en est qui n’est pas sans rappeler la circularité de la question mettant en scène l’oeuf et la poule. Nombre d’athées ne parviennent que très superficiellement à déloger leur judéo-chrétienté en ne proposant leur transformation qu’à un niveau politique. Mais que serait-il advenu si Spinoza et sa conception du Désir étaient chronologiquement arrivés avant Platon ?  Cette question n’est pas inintéressante. N’est-il pas vrai que la substitution de l’héliocentrisme au géocentrisme eût pu arriver bien plutôt si les conjonctures et les configurations politiques n’eussent pas interdit toute transformation ?

Pythagore semble avoir conçu la rotation de la Terre sur elle-même en même temps qu’autour du soleil bien avant Copernic et Galilée, il en fut de même pour Aristarque de Samos, or le géocentrisme ne succomba vraiment qu’au début du 17ième siècle et nous l’évoquons encore et toujours au gré de certaines expressions courantes comme: « Le jour se lève. » et « La nuit tombe. ».

C’est à partir de clichés aussi simples que ceux-là que la philosophie thérapeutique se donne d’officier.  Immense labeur qui n’est pas sans danger me direz-vous, certes, et pour cette raison, une thérapie philosophique ne s’adresse qu’à une catégorie de personnes suffisamment stables et fortes pour envisager le travail, car il s’agit bien d’un travail.  

Mais n’en va-t-il pas de notre liberté même, de notre capacité à ne plus subir le poids d’un prêt-à-penser absolument impersonnel qui fait le jeu du Pouvoir ?

  • Heureux est donc le temps où nous vivons qui nous autorise la liberté de penser et de proposer ce que nous pensons à qui veut bien l’entendre ! 
  • Heureux est donc le temps où nous pouvons nous lever du limon où l’impersonnalité d’une pensée réflexe nous tient prisonnier !

La philosophie thérapeutique part donc du principe que tout un chacun se voit ordinairement aliéner dans une phraséologie  aux allures gaillardes et se donne de rendre au consultant sa puissance créatrice en même temps qu’organisatrice. 

Elle n’a pas pour objet la mise au grand jour du « continent noir » que dénonce Freud, mais elle vise à rendre tel locuteur conscient, autant que faire se peut, de ce qu’il met en mots.

Contrairement à l’idée reçue, sans doute faut-il s’écouter parler pour savoir ce que l’on dit.

© Thierry Aymès

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