L’HEURE DU LEURRE

À mon texte précédent intitulé « Quel leurre est-il ? », l’approfondissement d’un terme a été demandé par une certaine Julia dont je ne révélerai pas le nom de famille. Il me semblait pourtant avoir été clair, mais on ne l’est jamais assez. Alors me revoici m’apprêtant à creuser plus bas le mot « leurre » au risque de m’enterrer vivant.

1 – S’il est un appât, il est celui que la vie s’est donné à elle-même pour se perpétuer. À la façon d’un serpent qui se mort la queue, la Vie se perpétue de se nourrir d’elle-même sans jamais finir son assiette. C’est étrange, mais c’est comme ça ! Et nous, pauvres humains ne serions possiblement que les jouets « rationalisants » de cette circularité. Houlla ! Voilà que cela se complique déjà !

Rationaliser, qu’est-ce à dire ? Que nous nous trouvons toujours de bonnes « raisons » (ratio = raison, en latin) pour faire des enfants ou vivre le plus longtemps possible, alors que nous ne sommes rien de plus que « du vivant » cherchant à vivre au même titre qu’un arbre, un ver de terre ou une crevette à qui manque sans doute une capacité à se repésenter soi-même et le monde. Les histoires que nous nous racontons sont secondes quand nous les pensons premières; elles viennent à la traîne d’une poussée en oeuvre au plus profond de nous, mais également tout autour de nous. C’est ainsi que l’amour ne serait qu’une ruse de plus pour la Vie, un stratagème réflexe qu’elle revêtirait en l’homme qui, en définitive, n’accomplirait rien d’autre que ce qu’elle fait hors de lui au coeur même de tout ce qui est.

2 – Si, comme le propose une autre acception plus psychologique de ce terme, le leurre est ce qui trompe, à la façon d’une vessie qui se fait passer pour une lanterne, alors l’amour des premières heures pourrait bien être cette illusion à laquelle personne (ou presque) n’échappe. Il en est même qui se complaisent à y succomber jusqu’à l’épreuve de la triviale réalité conjugale dont l’effet n’est ni plus ni moins que celui d’un dévoilement que les grecs appellent au passage « apocalypse ». Excusez-les du peu ! À condition que vous ne restiez pas prudemment à distance de celle ou celui que vous aimez, chaque jour de la semaine vécu avec elle ou lui, la ou le démasque, le révèle par-delà les pauses séductrices de naguère. Eh oui ! Le quotidien sonne le plus souvent l’heure du leurre; il dé-cape les super-héros et s’empresse de les « bidochoniser. » Que celle ou celui qui n’a jamais connu ce désenchantement lève le doigt.

Mais là encore, nous pourrions pensez que la séduction plus ou moins volontaire des premiers temps n’est que la forme anthropique (humaine) de ce que nous pouvons observer chez les paons ou les cygnes (pour ne citer qu’eux).

La boucle est donc bouclée qui nous ramène à ce que les philosophes nommeraient un « monisme ». Entendez par là qu’un seul principe (monos) conditionnerait tout le reste. Et en effet, il paraît difficile de ne pas reconnaître en l’amour le mouvement même de la Vie se voulant elle-même et usant de tous les moyens pour se perpétuer, des plus flamboyants aux plus tragiques.

Réflexion à suivre, à nuancer, à compléter, à parfaire…

© Thierry Aymès

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