LA VICTIME VIGOUREUSE (à suivre)

Depuis quelques semaines, le mot « victime » est le mot que j’entends probablement le plus souvent chaque jour. Ce qui est étonnant, c’est la signification étymologique de ce terme. A priori, elle ouvre un abysse intéressant.

Du latin « Vigere », être plein de force, d’entrain, de vie, il serait en outre apparentable au grec « hygiès » signifiant, sain, bien portant.

Avec le temps, la victime serait celle dont la vigueur, la santé, la force auraient été entamées au point de ne laisser apparaître que son contraire, à savoir sa diminution, son infirmité, son handicap, son traumatisme…

Une fois cette bizarrerie explicitée, je remarque qu’il n’est pas rare d’entendre les auteurs de violences conjugales ou familiales se victimiser. Auraient-ils alors le sentiment d’avoir été dévoyés de leur vigueur initiale ?

À n’en pas douter, à tout le moins, chaque auteur estime-t-il avoir été délogé de sa tranquillité première. Entendez par là qu’à ne pas être remis en question par le discours de sa compagne, à ne pas être bousculé quant à sa position de dominant solaire, la plus petite immixtion d’un doute dans l’image qu’il se fait de lui-même le conduit à ne plus être en pleine possession de sa pleine vitalité et justifie son réflexe qui consiste à récupérer sa verticalité.

L’auteur, à ses propres yeux, ne serait tel que de vouloir conserver son intégrité de mâle, sa situation dominante que, jusqu’ici la plaignante n’aurait fait que corroborer par son discours ou, plus largement, par son comportement.

Quoi qu’il en soit, la notion même de « victime » reste problématique en diable dans le sens où elle pose d’emblée la plénitude de la force initiale de chacun comme le critère à partir duquel celle de violence peut être établie.

Or, n’y a-t-il pas précisément de l’humain là où il y a renoncement à la pleine vitalité de chacun en vue de valeurs supérieures que seule la Raison est à même d’édicter ? En un sens, une certaine castration n’est-elle pas humanisante ?

J’arrêterai là mon improvisation tant il me paraît évident qu’un être ne peut rester entier si son entièreté est pulsionnelle et négatrice de celle de son semblable. Heureuse donc est la victime qui, par la seule présence d’un autre, comprend qu’elle doit renoncer à une certaine intégrité pour en gagner une plus humaine.

On ne naît pas humain, on le devient. L’être humain est une promesse, une vocation, un possible qui ne pourra advenir qu’au nom de l’autre envisagé comme un frère (ou une soeur). Seule cette profonde reconnaissance garantit une saine élaboration de soi.

© Thierry Aymès

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