VÉNALE ET NARCISSE

Le texte qui suit a été écrit voici 14 ans déjà. Un ami venait de se faire plaquer par une très belle femme (selon ses dires) et de mon côté, une expérience récente me semblait avoir un point commun avec sa mésaventure. Mais lisez plutôt.

11h50. L’ami qui m’a appelé le 16 novembre vient de me téléphoner. À son récit de l’autre jour, il a éprouvé le besoin de rajouter quelques détails de sorte que je puisse juger plus précisément le silence de celle qu’il intéressa quelques heures.

Lorsqu’elle l’a appelé pour lui annoncer son désir d’en rester là, il a raccroché après lui avoir dit sur un ton sec qui laissait entendre sa déception: « Je suppose que nous ne nous reverrons plus; bonne soirée ! » Non pas adieu quand même; je le note. À cette phrase, il n’avait pas pu s’empêcher de faire suivre 5 minutes plus tard un texto qui disait en substance: « C’est la dernière fois que je raconte ma vie à une étrangère, pour ça…Plein le c… ». Puis vers minuit, il avait ajouté : » Déçu bien sûr, mais sache que si tu venais à réviser ta décision, je serais heureux de passer une soirée avec toi. À bientôt peut-être ». La belle n’avait rien répondu. Il l’avait  froissée. Quelle belle opportunité pour elle ! Elle pouvait désormais prétexter autre chose que sa raison initiale. Elle n’avait rien à regretter; mon ami était un impulsif qui lui avait manqué de respect. À mon tour, je lui racontai une histoire qui concernait ma relation éphémère avec un philosophe médiatisée:

Vincent Cespédès. Beaucoup d’entre vous n’en ont sans doute jamais entendu parler, mais il est connu dans le milieu des intellos. Je l’ai contacté il y a un peu plus d’un an. Sur son blog j’avais déposé un message lui disant que je cherchais à m’associer avec une personne comme lui, susceptible de travailler à la réalisation de PHILOSONG HUMANITAIRE (Philosong 2). Il avait tout de suite répondu présent.

Quel n’avait pas été mon étonnement, quand je l’entendis à la première conversation téléphonique se présenter comme « une machine à tubes ». « Je peux écrire tube sur tube » avait-il cru bon d’ajouter. Son expression était empressée, sa volubilité épuisante.

Quelques temps après, alors que j’étais depuis peu opposé à l’un de mes associés et que ce bon Cespédès m’avait déjà envoyé partitions, maquettes et m’avait fait écouter ses chefs-d’œuvre par téléphone, la personne avec laquelle j’étais en conflit , ne trouva rien de mieux que de lui envoyer un email en m’y décrivant comme un escroc dont il fallait se méfier. En fichier joint, elle m’avait fait parvenir la liste exhaustive de toutes les personnes auxquelles elle comptait faire parvenir cette révélation. Les philosophes ont oublié d’être sages! (j’appris plus tard qu’elle souffrait d’une maladie mentale).

Ni une, ni deux, le penseur professionnel m’envoie à son tour un courrier électronique dans lequel il me demande de lui expliquer la situation. Je la lui décris, mais rien n’y fait. À n’en pas douter, entre temps, cet homme avait compris que je n’avais pas le pouvoir financier de faire éclater au grand jour son génie musical et plutôt que de m’exposer franchement les raisons de son recul, il évoqua un « trouble » qui, désormais, ne pourrait se dissiper au point qu’il ne daigna plus jamais répondre à mes appels et à mes textos.

J’ai conservé la carte de visite pathétique qu’il m’a envoyée en même temps que son premier titre: « Travailler plus ». Dessus, il est écrit: « Voilà le tube »…

Tout comme pour mon ami qui s’est fait « ghosté » par une femme qui se serait accrochée à lui s’il avait eu une Porsche Cayenne, ce grand  philosophe, très épris de la gent féminine, m’avait donné congé sans avoir le courage de m’exposer la ra ison véritable de sa décision irrévocable.

Dans leur ensemble, les jeunes philosophes médiatisés d’aujourd’hui sont lamentables d’ambition, d’égocentrisme et de narcissisme. Ils n’en peuvent plus de leur intelligence et de leur beauté, et frayent autant que possible avec les gratins tous azimuts. La philosophie les intéresse moins que le pouvoir. Certains d’entre eux briguent même probablement des places politiques sans se l’avouer. Celui-ci est directeur de telle collection dans telle maison d’édition, celui-là chroniqueur dans telle revue spécialisée et celui-là encore animateur de radio quand chacun d’eux ne cumule pas toutes ces fonctions. La moindre de leur pensée, le moindre de leur ouvrage est immédiatement publié (auto-publié bien souvent). De même, l’Histoire de la philosophie n’est-elle possiblement (à quelques exceptions près) que l’Histoire des philosophes qui avaient le pouvoir de leur côté. D’où la pertinence de la « Contre-Histoire de la philosophie » de Michel Onfray.

Mon aventure avec Cespédès m’a déçu des jeunes philosophes sans me dévier de ma trajectoire. Ils n’y participeront tout simplement pas. De ces jeunes venus, Raphaël Enthoven s’est montré le plus courtois en répondant à plusieurs reprises aux emails que je lui ai adressés. Il ne peut évidemment pas se joindre à mon entreprise (beaucoup trop de travail, ce qui est vrai) et, qui plus est, il émet quelques réserves à l’endroit de mon innovation qui lui paraît être beaucoup plus au service de la musique que de la philosophie proprement dite. Il a eu la gentillesse de mettre un lien sur le site de FRANCE CULTURE vers le mien www.philosong.fr (qui m’a depuis été piqué par une personne non identifiable) pendant la période du baccalauréat 2009 et d’évoquer mon travail dans un de ses livres dédiés aux dissertations (avec la même réserve).

Raphaël Enthoven me paraît cependant être un homme de bonne volonté et je ne désespère pas de le rencontrer un jour. Charles Pépin quant à lui, à l’occasion d’une émission de radio sur RMC (animé par Jean-Jacques Bourdin) a défendu mon CD face à un professeur de philosophie qui le trouvait « parfaitement grotesque », mais n’a jamais tenu à me rencontrer non plus et ce, en dépit de mes tentatives. Il s’agit de ne pas se compromettre et de bien conduire sa carrière. Son dernier ouvrage: « Ceci n’est pas un manuel de philosophie » (Flammarion) est très bien réalisé, la présentation en est soignée, mais il contient beaucoup de « coquilles » qui laissent à penser qu’il l’a écrit à la hâte, sur commande probablement. Je ne l’ai lu qu’en diagonale et, aujourd’hui même, alors que je prenais mon bain dominical, je suis tombé sur une erreur grossière concernant sa définition du christianisme qu’il connaît vraisemblablement très mal. Selon lui, « Si vous êtes chrétien et croyez en un Dieu situé au-delà du monde et de nous, hors de portée de notre action et de notre connaissance: vous croyez en un Dieu transcendant. » (p 222). Ceci est parfaitement faux. Contrairement au judaïsme et à l’islam qui sont bien des religions de la transcendance, le christianisme quant à lui, est une religion de l’Incarnation, c’est même ce qui fait sa spécificité . Or, à ce titre, le christianisme ne peut être à tout le moins qu’une religion « théandrique » (Theos = Dieu, Andros = Homme) et donc semi-immanentiste, voire immanentiste tout court, dans un sens qui n’est pas celui des stoïciens bien entendu. Bref, à moins de faire du Christ un prophète, comme beaucoup le font (et c’est leur droit), l’illustration de l’opposition « transcendant/immanent » de Monsieur Pépin est erronée.

© Thierry Aymès

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