LE PAUVRE !

Il y a depuis toujours ce que j’appelle la « force d’inertie psychologique ». Elle nous emporte longtemps après que nous avons appuyé sur la pédale de frein. Il ne suffit pas d’en prendre conscience. La magie n’existe que spectaculaire (à moins qu’un miracle ne survienne…). Elle n’opère malheureusement pas au double sens de ce terme.

Notre enfance est le plus souvent une boue qui reste collée à nos basques jusqu’au tombeau. Nous ne vieillissons qu’en surface. Pour les autres, beaucoup… Et si peu à nos propres yeux.

Avez-vous dû mériter l’amour de vos parents que vous ne comprendrez pas qu’une personne dise vous aimer pour ce que vous êtes. Vous n’aurez de cesse de lui demander : « Mais que suis-je donc, si je ne suis pas ce que j’ai fait ? si je ne suis pas « ce que j’ai fait de moi » pour résister au chantage, à la menace dont j’ai d’emblée été l’objet ?». Oui, vous avez bien lu. À l’aube même de votre existence, vous avez été l’objet d’une pression, à l’origine même de votre vie.

À peine né, vous avez risqué l’abandon. Alors… Très tôt, vous avez alterné entre docilité et révoltes. Vous avez plus ou moins tardivement collectionnés les bons points et rué dans les brancards en criant le plus fort possible que l’amour, le vrai, ne se méritait pas, que la personne qui vous aimerait devrait supporter vos accès de fièvre, et qu’en un sens, elle devrait… vous mériter. Les neurones miroirs sont-ils responsables de cette fatalité ? Les neurosciences en seraient sans doute d’accord pour partie.

Au nom de votre peur de l’abandon, il vous est arrivé maintes fois de le risquer. Fatigué de vous construire à partir d’un plan dont vous n’étiez pas l’architecte, combien de fois avez-vous hurlé : « Tapis ! » à la façon d’un pokerman qui ose le tout pour le tout. Mais en mettant à l’épreuve l’élu(e) de votre cœur meurtri, vous avez bel et bien ; l’air de rien, répété le schéma originel à partir duquel vous vous êtes bricolé… pour pousser de travers. Jusqu’à ce jour, votre identité n’aura été que de compensation.

Vous prendrez-vous, ad aeternam peut-être, pour les efforts que vous aurez faits pour mériter l’amour de quiconque ? Direz-vous à jamais : « Je suis mes diplômes, mes médailles, les livres que j’ai lus, ceux que j’ai écrits, les langues que j’ai apprises, celles que j’aurais tant aimé inventer. » ? et dans un même temps, enverrez-vous paître toute cette quincaillerie, cette pacotille, ce bazar tellement commode aux vrais imbéciles ?

*************

À ce propos, j’ai été récemment éconduit par un agrégé de lettres hors-classe, latiniste, traducteur multilingue, très certainement analysant lacanien, docteur en philosophie, intervenant sur France Culture, chroniqueur occasionnel chez Médiapart et… Auteur-compositeur-interprète dont je ne révèlerai même pas ici les initiales. Il pourrait le prendre mal (LOL). J’ai eu le tort de ne pas le connaître et de lui dire que ses chansons avaient quelque chose qui demanderait à être plus abouti.

Ni une ni deux, le bonhomme a réagi par une émoticône « rieuse aux éclats » et m’a bloqué à la façon de n’importe quel adolescent. J’avoue que je n’en avais jamais entendu parler et qu’il en était, selon ses dires, à son quinzième album.

En l’occurrence, force est de constater que l’érudition et la culture ne l’ont pas rendu humble (ce n’est d’ailleurs pas là leur fonction première) et qu’il ne fait vraisemblablement que crier : « Hé ! Regardez comme je suis brillant et malheureux ! Donc… Aimez-moi ! » (Descartes revisité par un enfant mal-aimé ). Sur son Wikipédia, il est précisé qui est politiquement engagé à gauche, comme beaucoup d’élitistes qui, bien évidemment, ne se reconnaîtront pas dans la mesure ils seraient incontinent transformés en fascistes, antisémites, homophobes, wokismophobes, complotistes raoulto-perronniens, covido-sceptiques, climato-sceptiques, canceloclastes, islamophobes, créationistes etc., voire « paysans non-bio » (L’ horreur absolue).

Monsieur Superfort sait-il seulement que ce qui brille n’éclaire pas ?

® Thierry Aymès

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s