OYEZ, BRAVES GENS !

Ne vous y trompez pas ; pour être un « psy » sérieux et honnête, il ne faut pas avoir besoin d’argent. Être financièrement à l’aise ou avoir une autre source de revenus fiables est très sincèrement souhaitable.

N’écoutez pas celles et ceux qui vous disent qu’ils ne touchent pas terre, tellement ils travaillent. Bien sûr, il existe des cabinets qui fonctionnent très bien, mais dans la plupart des cas, ce n’est pas la réalité.

Dès lors, comment ne pas douter de tel professionnel qui vous invite avec plus ou moins de fermeté à venir le voir, au minimum, une fois par semaine (de préférence, 2 ou 3 fois) et vous soulage à coup sûr de 60 euros par séance, tandis qu’il n’est évidemment pas en mesure de vous promettre quel que résultat que ce soit, ni le moment où, idéalement, ce résultat pourrait avoir lieu ?

N’est-il pas en effet dans l’intérêt de celles et ceux qui débutent dans cette profession, et n’ont que ces rentrées d’argent pour vivre, de vous inciter à venir le plus fréquemment et le plus longtemps possible ? Vous êtes à  tout le moins autorisé(e) à vous poser la question.

Mais soyez certains que seule votre détermination à travailler sur vous sera la garantie de votre mieux-être…

Pour ma part, j’ai opté, depuis presque 3 ans, pour une petite patientelle et permet aux personnes qui frappent à ma porte de régler la somme qu’elles peuvent en fonction de leurs moyens financiers. Je ne leur impose pas non plus, une durée de séance ou une fréquence. Ainsi sont-elles radicalement responsabilisées en étant d’emblée contraintes à évaluer l’urgence de leur état de santé psychique.  

L’argent, ainsi que le rapport que l’on peut entretenir avec lui, a été très largement théorisé par la psychanalyse qui en a fait l’un de ses outils incontournables.

Très humblement, je ne partage pas ce point de vue et m’en explique plus largement dans mon livre intitulé : « La médéanimie ».

Multiste assumé, pluri-indisciplinaire revendiqué, je ne cherche pas à m’enrichir, seulement à aider les personnes qui me font confiance.

Tel : 06 72 74 92 88

À CELLE QUI EST PASSÉE

Je n’en dirai que ce qui suit et qui me semble suffisant pour comprendre que ce temps fut une épreuve, fertile, mais épuisante. Ce matin même ce souvenir me revint fortuitement via mon ordinateur et l’indocile logiciel qui me le proposa. J’adore ces histoires d’amour… D’une simplicité exemplaire.

Elle m’avait demandé :

1/ Pour quelle raison crois-tu m’aimer ?

Je lui avais répondu par écrit :

Au risque de te décevoir, je répondrai en philosophe.  C’est à cette altitude que je pense être dans le vrai.  La trivialité des sentiments et l’approximation de leur expression quotidienne ne m’a jamais paru souhaitable. Michel Onfray (que tu apprécies) ne démentirait probablement pas ce que je m’apprête à t’écrire sans savoir ce qu’au final il en sera vraiment. J’ai bien l’intuition de ce qui pourrait émerger, mais une intuition est informelle et s’actualise toujours dans un discours avec son lot de surprises que l’on doit viser si l’on tient à penser avec sérieux ; et le sérieux lorgne, à mon sens, du côté de l’ « essence vive ».

Dire « Je t’aime » suppose une foi en un « Je » que par commodité nous identifions le plus souvent au « Moi » psychologique, en un « Toi » qui est son pendant analogique et « altéré » (c’est-à-dire « supposé de l’autre côté ») et enfin en un amour en l’occurrence « verbalisé » (Se peut-il d’ailleurs que l’amour soit autre qu’un verbe ?  Peut-être même est-il le Verbe dont il est question dans l’Evangile de Jean 1-1 : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu. » 

De ces trois énigmes nous faisant communément une évidence, un va-de-soi commode au bavardage ; au vide articulé.  Malheureusement, aucune d’entre elles ne m’est une certitude. 

Si je fais le métier que je fais aujourd’hui, et si j’ai été professeur de philosophie pendant 19 ans et cheminé sur les routes musiciennes quelques années  plus tôt, c’est qu’à mes yeux, rien ne va de soi, que tout nécessite un éclaircissement (dans la mesure du possible).

Je ne sais par conséquent pas qui Tu es, ni qui Je suis, ni ce qu’est réellement Aimer.

Tu es originellement mouvante comme moi-même et seuls certains de nos traits psychologiques, le plus souvent nos traits névrotico-psychologiques, nous garantissent une identité, ou plus exactement une répétition-identifiante  dont j’ai maintes fois perçu l’Au-delà.

Qui es-tu donc ?

En premier lieu, une obstruction… Tout un chacun en est une ; c’est-à-dire qu’en tant que ton identité névrotico-psychologique s’interpose entre Qui tu es vraiment et moi-même je ne te vois que très rarement comme il m’arrive de te deviner.

Et qui suis-je donc ?

Cette même obstruction, avec sa couleur propre et qui répond aux mêmes critères. Tu ne me vois que très rarement comme tu me devines peut-être.

Que je t’aime me paraître être une évidence, si l’on entend par là que je te suis « attaché ».  Mais nos parts obstructives s’entrechoquent fréquemment et compromettent notre liaison depuis toujours.  C’est un peu comme si chacun frappait à la porte de l’autre dans l’espoir qu’il lui ouvre et le laisse entrer chez lui, derrière son IDP (permets-moi cet acronyme). Et s’il m’est souvent arrivé de « prendre » la tienne, il semblerait qu’à la manière du lézard qui voit sa queue repousser, les portes renaissent également ; elles sont « phéniciennes » ; alors j’y tape.

En tant que prof de français, le mot « liaison » devrait t’intéresser comme il m’intéresse.  En sanscrit, il se dit : « Sandhi » et se définit comme suit : Modification phonétique qui se produit à la frontière entre deux mots dans un énoncé… Cette altération des mots suppose une consonne terminale et une voyelle commençante.  Il ne s’agit pas de chercher à savoir qui de nous deux est la consonne ou la voyelle, chacun des deux mots contigus porte la transformation, autrement appelée métaplasme. C’est ainsi que le tronçon de phrase : « Les amants » se décompose en « Lez » et « zamants ».

Dans une paire humaine, quelle qu’elle soit, chacun se voit modifié par l’autre, à moins que chacun ne tienne furieusement à son IDP, à certaines convictions ou quelques avis arrêtés qui peuvent en faire office…

Tout ce qui est figé figure la mort, et, comme tu le sais, je n’aime pas la mort.  Non pas celle qui est censé mettre fin à notre voyage terrestre, mais celle qui nous coagule dans les habitudes et les paroles vides, alors même que nous avons les yeux ouverts… Encore.

Nous ne serons « en liaison » que le jour où, ayant vaincu cette pseudo-identité (IDP), nous laisserons souffler le vent qui vient de l’Origine.  C’est à la périphérie que nous nous heurtons, au pourtour que nous étincelons d’un éclat électrique qui se doit tout entier à notre orgueil, tandis qu’Au-dedans patiente l’Au-delà du Principe d’aimer.

Comme tu le sais, comme tu le dis, « être attaché », n’est pas désirable ; mieux vaut consentir à la liaison qui nous altère à peine, suffisamment pour qu’une union se fasse pourtant.

Je suis donc attaché aux deux Toi(s).  L’un est névrotique, figé et l’autre, pressentant qu’un soleil qui ne brûle pas éclaire en amont, fait chaque jour quelques pas dans sa direction. L’une est déjà belle et l’autre encore plus. J’y  suis donc attaché dans l’espoir d’être un jour « en liaison » avec « la bleue », la femme bleue, la nomade et qu’une altération saine me protège contre le danger d’une gangrène existentielle et spirituelle…

© Thierry Aymès

PÈRE GILBERT

Après avoir lu un livre signé par Guy Gilbert, j’ai eu une discussion avec un membre de ma famille au sujet du genre humain. Nous ne sommes pas tout à fait tombés d’accord.

Alors que sa vision est pessimiste et n’envisage l’avenir que comme une répétition infinie de ce qui fut, à savoir une succession de guerres et, dans le meilleur des cas comme un entremêlement indépassable d’amour et de haine, je pense pour ma part qu’au-delà des faits,  il est depuis longtemps des femmes et des hommes comme des graines d’humains qui finiront par être majoritaires. On en trouve dans toutes les religions, mais aussi en philosophie et ailleurs, dans l’anonymat le plus total, plus ou moins actifs, plus ou moins prosélytes.

Guy Gilbert est une graine parmi tant d’autres. J’ai aimé le retrouver. Des années que je ne l’avais plus lu. Il est le signe de l’homme qui vient. Mais l’humain en chacun de nous, tel qu’il le sait en route n’est sans doute pas encore pour demain. Il faut imaginer l’histoire de cet avènement sur un temps long, et l’on peut aisément comprendre l’impatience de certains qui souhaiteraient qu’il se presse un peu à une époque où le temps et l’espace rétrécissent comme une peau de chagrin.

Patience donc ! La pulsion animale, toujours elle, l’instinct de conservation, le désir de nous perpétuer dans une progéniture, et les traits psychologiques qui découlent de cette réalité, nous tiennent encore prisonniers… Pour longtemps ; mais il n’est pas écrit que ce qui fut sera toujours, qu’Eros et Thanatos n’en finiront jamais d’être tour à tour vainqueurs ou que Freud avait raison lorsqu’il le croyait.

© Thierry Aymès

L’ALLIÉE

Le malheur vient de ce que nombreuses sont les personnes qui confondent l’amour-passion avec l’amour. 

On reconnaît l’amour-passion à ce qu’il devient le plus souvent au bout de quelques temps.  L’amour-passion se transforme alors en haine-passion, à l’exception de quelques rares personnes qui parviennent à temporaliser la fulgurance et la verticalité effractive de leurs sentiments, c’est-à-dire à tenir leur coeur jusque dans le reflux, la confiscation par la réalité de l’autre, de leur imaginaire.

Les faits sont accablants. De nos jours,  la réalité socio-économique corrode cruellement le lien amoureux en multipliant les propositions, en objectivant les rencontres, en sollicitant plus et plus chacun de nous au niveau du ventre, de la pulsion.

La société de consommation serait-elle substantiellement l’alliée privilégiée de la passion amoureuse telle que je viens de la décrire sommairement ?  Je le pense.

© Thierry Aymès

WHAT D’YOU THINK ?

Manipulateur-trice : personne condamnée à ne plus jamais pouvoir donner la preuve de sa bonne foi face à des accusateurs qui, même s’ils venaient à être convaincus par l’accusé lui-même de s’être trompé(s) de diagnostic pourraient toujours penser qu’ils ont été manoeuvrés pour en être arrivés à changer d’avis.

© Thierry Aymès

UNE TENTATIVE MAGIQUE

Généralement, une rupture sentimentale est accompagnée d’une tentative que l’on pourrait qualifier de « magique ». Rompre n’est pas suffisant; il convient de faire en sorte que votre désormais ex-partenaire se voit comme vous le voyez en le quittant. N’est-ce pas une façon psychologique de jeter un sort ?

Avant cela, la personne que vous disiez aimer se voyait belle tant physiquement que moralement en faisant un détour par l’amour que vous lui portiez; en d’autres termes, elle vous avait délégué le pouvoir de la béatifier en la rendant aimable à ses propres yeux; mais voilà qu’au jour de la rupture, vous souhaitez que la même délégation produise l’effet inverse. Le plus souvent, il ne s’agit pas simplement de quitter, mais d’envoyer l’autre en Enfer avant de refermer la porte derrière soi.

Aimer, et probablement aimer « mal », consiste donc habituellement à donner à l’autre le pouvoir de vous sidérer, c’est à dire de vous propulser dans les étoiles; malheureusement, aimer ainsi, sous le coup d’une séparation, condamne l’amant à mort. Aimer ainsi revient à aliéner sa capacité à s’aimer « soi »(sans narcissisme), équivaut à envisager l’autre comme un sauveur qu’il n’est pas ou qu’il n’est que dans la mesure où il est de fait et en même temps un condamnateur.

© Thierry Aymès

LA VICTIME VIGOUREUSE (à suivre)

Depuis quelques semaines, le mot « victime » est le mot que j’entends probablement le plus souvent chaque jour. Ce qui est étonnant, c’est la signification étymologique de ce terme. A priori, elle ouvre un abysse intéressant.

Du latin « Vigere », être plein de force, d’entrain, de vie, il serait en outre apparentable au grec « hygiès » signifiant, sain, bien portant.

Avec le temps, la victime serait celle dont la vigueur, la santé, la force auraient été entamées au point de ne laisser apparaître que son contraire, à savoir sa diminution, son infirmité, son handicap, son traumatisme…

Une fois cette bizarrerie explicitée, je remarque qu’il n’est pas rare d’entendre les auteurs de violences conjugales ou familiales se victimiser. Auraient-ils alors le sentiment d’avoir été dévoyés de leur vigueur initiale ?

À n’en pas douter, à tout le moins, chaque auteur estime-t-il avoir été délogé de sa tranquillité première. Entendez par là qu’à ne pas être remis en question par le discours de sa compagne, à ne pas être bousculé quant à sa position de dominant solaire, la plus petite immixtion d’un doute dans l’image qu’il se fait de lui-même le conduit à ne plus être en pleine possession de sa pleine vitalité et justifie son réflexe qui consiste à récupérer sa verticalité.

L’auteur, à ses propres yeux, ne serait tel que de vouloir conserver son intégrité de mâle, sa situation dominante que, jusqu’ici la plaignante n’aurait fait que corroborer par son discours ou, plus largement, par son comportement.

Quoi qu’il en soit, la notion même de « victime » reste problématique en diable dans le sens où elle pose d’emblée la plénitude de la force initiale de chacun comme le critère à partir duquel celle de violence peut être établie.

Or, n’y a-t-il pas précisément de l’humain là où il y a renoncement à la pleine vitalité de chacun en vue de valeurs supérieures que seule la Raison est à même d’édicter ? En un sens, une certaine castration n’est-elle pas humanisante ?

J’arrêterai là mon improvisation tant il me paraît évident qu’un être ne peut rester entier si son entièreté est pulsionnelle et négatrice de celle de son semblable. Heureuse donc est la victime qui, par la seule présence d’un autre, comprend qu’elle doit renoncer à une certaine intégrité pour en gagner une plus humaine.

On ne naît pas humain, on le devient. L’être humain est une promesse, une vocation, un possible qui ne pourra advenir qu’au nom de l’autre envisagé comme un frère (ou une soeur). Seule cette profonde reconnaissance garantit une saine élaboration de soi.

© Thierry Aymès

C’EST FICHTEMENT VRAI ET ÇA BERGSONNE BIEN !

Hier soir, j’ai refermé un livre après avoir lu ces quelques mots de Johann Gottlieb Fichte (ce philosophe pour sans-culottes). Ils ont été écrits en 1796.

« En un mot, tous les animaux sont achevés et parfaits, l’homme est seulement indiqué, esquissé… La nature a achevé toutes ses œuvres, mais elle a abandonné l’homme et l’a remis à lui-même […] Tout animal est ce qu’il est, l’homme seul originairement n’est rien. Il doit devenir tout ce qu’il doit être et puisqu’il est un être pour soi, il doit le devenir par lui-même. »

(Fondements du droit naturel)

il est de ces phrases qu’il est parfois préférable de ne pas recouvrir; de ces phrases dont la résonnance nous oblige et réclame à voix basse l’infusion d’une nuit de sommeil.

Ce n’est que de très bon matin que je peux y ajouter quelques autres qui ne sont toujours pas de moi et auxquelles je souscris tout autant qu’à celles du philosophe allemand.

« L’homme est le seul animal dont l’action soit mal assurée, qui hésite et tâtonne, qui forme des projets avec l’espoir de réussir et la crainte d’échouer. C’est le seul qui se sente sujet à la maladie, et le seul aussi qui sache qu’il doit mourir. Le reste de la nature s’épanouit dans une tranquillité parfaite. »

Henri Bergson, Les Deux sources de la morale et de la religion (1932)

Au sujet de cette dernière citation, d’aucuns rétorqueront à coup sûr que certains animaux (« non-humains » comme l’on dit de nos jours) savent qu’ils vont mourir, mais encore aujourd’hui, aucune étude sérieuse ne nous permet de le penser avec certitude. À lire cependant l’article de Monsieur David Peña-Guzmán intitulé : « Les animaux non-humains peuvent-ils se suicider ? » et le livre du Dr Jessica Pierce : « Un nouveau regard sur le suicide des animaux ».

Bonne journée.

© Thierry Aymès

PRIVIC

Plus que jamais, les violences conjugales, qu’elles soient verbales, psychologiques, physiques ou sexuelles sont dénoncées par les médias. Sans doute est-ce là une très bonne chose quand on sait qu’en 2021, les violences au sein du couple ont entraîné la mort de 143 personnes.

Il est avant tout important de comprendre qu’une plainte portée à leur encontre auprès d’une gendarmerie ouvre le passage vers le domaine dit « privé » du domaine « public ». En ce sens, pouvons-nous dire que la sphère privée n’est jamais ce qu’elle est que « provisoirement » et qu’il n’existe en définitive que du « Privic ».

À faire en sorte que chacune et chacun sache que cette fenêtre existe, le calme pourrait enfin régner dans les ménages… Quitte, certes, à ce que les amoureux se regardent désormais en chiens de faïence et quitte à ce que l’amour, tel que nous l’avons connu ne disparaisse. Mais lorsqu’une structure interne n’existe pas, lorsqu’un contrôle paraît définitivement impossible de soi à soi, n’est-il pas souhaitable que l’exosquelette de la loi et de la justice agisse par défaut ? Et en quoi ledit amour ne devrait-il être que sentimental quand on en connaît les si nombreux écueils ?

Reste alors la question des limites, laissé à l’appréciation de chacun-e.

© Thierry Aymès

RAPPORT N’EST PAS RELATION

(Extrait d’une conférence enregistrée)

Julien Green écrivait: « L’aboutissement logique de l’érotisme est l’assassinat ». J’adhère à cette formule. J’ai même entendu dire que certaines actrices pornos avaient été réellement assassinées à la fin d’un film…

La mise à distance dans le jeu amoureux comporte semble-t-il quelques dangers. Sur ce chemin, une prostituée qui se fait payer est intéressante en l’occurrence en ce qu’elle autorise son client à lui « faire l’amour » de façon strictement hygiénique et sans considération pour la personne qu’elle est (ce qui ne veut pas dire que tous ses clients seront dans ce « rapport »). Elle permet à celui qui lui « fait l’amour » de ne pas s’extraire de son fantasme. De n’avoir au sens strict qu’un « rapport » avec lui-même. De même, peut-être, un analyste permet-il à son « analysant » de l’utiliser (comme un simple instrument donc) pour plonger dans son inconscient et le dispense-t-il de quelque délicatesse et détour que ce soit. Se connaître soi-même pourrait très bien ne se faire que par delà Bien et Mal par le truchement d’un « rapport » technique à l’autre rémunéré. Rapport n’est pas relation. Le rapport n’est pas humain…

En effet, le lien qu’établit la somme d’argent que l’on donne à son analyste en quittant son cabinet est un « non-lien » en ce qu’il objective et met à distance la personne de l’analyste et qu’en tant qu’il est objectivé, nous autorise à l’envisager, non comme un être humain dont je serais responsable à chaque fois que je m’adresserais à lui, mais comme l’occasion d’un dialogue authentique avec moi-même…

Dans le cadre d’une cure « psychanalytique », l’analysant n’a que faire de l’analyste qui n’est censé intervenir que de façon « technique » dans son discours. Le dialogue, dans la cure, ne se passe pas entre un homme englué dans sa névrose et un autre qui s’en serait extrait (partiellement ou totalement), mais entre l’analysant et lui-même par la médiation d’un support, d’un écran blanc autorisant le transfert, et que symbolise l’analyste. À proprement parler, l’analyste n’est pas un « être humain »*, il est un « outil »…et on ne dialogue pas avec un outil…

© Thierry Aymès

* Je précise que je parle ici de psychanalyse et non de psychothérapie.