Philosophe, psychanalyste (médéanimiste), écrivain et conférencier

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Le Blasphème

19/12/2020


Tentons d’analyser d’un peu plus près la notion de « blasphème » en n’en retenant que la signification religieuse dont on sait qu’elle ne s’est imposée que tardivement.

Convenant qu’elle ne peut être évoquée que par un croyant, de quelque confession qu’il soit.

Or, dans un pays comme la France, Dieu, en tant qu’il est une entité rationnellement improuvable fut théoriquement relégué, hors des domaines politique et juridique, dans la sphère privée depuis le XVIIIe siècle ; l’indépassable argument d’autorité : « Dieu a dit… » n’a plus lieu d’être dans le débat public. Il n’est bien sûr pas interdit de « croire », mais en tant que telle, la foi en Dieu de quiconque n’est pas plus respectable que la conviction de certains concernant la présence supposée d’extraterrestres sur notre planète.

Ajoutons par ailleurs qu’il est tout à fait compréhensible que de nombreuses personnes n’éprouvent que répulsion vis-à-vis d’institutions qui semblent responsables de millions de morts depuis l’aube de l’humanité et que, partant, certaines expriment humoristiquement leur dégoût face aux ignobles violences provoquées par ce qu’ils ne considèrent que comme de très discutables idéologies.

Nul doute que, si les musulmans en avaient le droit dans les pays où l’Islam est religion d’État (entendez par là qu’elle y est obligatoire), ils ne se gêneraient probablement pas pour se moquer de toutes les religions comme nous le faisons.

Il est banal de dire que de tout temps des conflits ont eu lieu au nom de Dieu… Et encore aujourd’hui.

Personnellement, je suis pour une totale liberté d’expression et invite chacune et chacun à participer à l’édification d’une sotériologie par l’humour, c’est-à-dire la capacité à mettre à distance ce qui est sacré à nos yeux et ne l’est pas forcément aux yeux du voisin.

Comme beaucoup d’autres, j’avoue être blessé à longueur de journée par le peu d’intérêt par exemple que le plus grand nombre a pour la poésie et la musique dite savante ; par les discours irrespectueux que cette indifférence produit. À chacun son sacré ! La mère, le père, la sœur, la famille etc., sont tout autant de motifs pouvant au cas échéant justifier un passage à l’acte meurtrier.

Dans un État de droit comme le nôtre, et sans doute l’est-il à ce jour exagérément, même si l’on peut légitimement espérer être respecté jusque dans nos convictions les plus intimes et les moins… « Enseignables », même si l’on peut être choqué par certains propos, ce n’est à mon sens pas à l’esprit religieux d’imposer sa loi, mais bien à l’esprit laïc de rappeler que seule les « Lumières de la Raison la plus libre, la moins asservie » sont autorisées à dire ce qui est punissable et ce qui ne l’est pas.

©Thierry Aymès