À DOS DE PICSOU

Les personnes publiques se font depuis longtemps les porte-drapeaux de l’inclusivité, de l’indifférenciation, de l’a-normalité, de l’exception-faisant-la-règle, du relativisme le plus absolu, de l’individualisme-interdisant-la-pensée… Leurs mentons tremblent du matin au soir, leur soif de justice et de pénalisation est insatiable. Car il ne s’agit plus que d’aimer, et si possible que cela se voie, s’entende, s’applaudisse, se célèbre, se fête. C’est Guy Debord qui avait raison, un an avant les débordements français de Mai 68. Et les arTistocrates, à défaut d’être les propriétaires exclusifs de ce phénomène, ne sont que les prémices affligeantes de la spectacularisation de toutes et de tous. Il y a quelques jours, je me suis déjà très brièvement exprimé à ce sujet, face à des amis… Interdits.  

Ce que je viens d’écrire ne sera pas apprécié par les personnes prisonnières de cette pâte-là. Vous qui me lisez, il se peut même que vous veniez de me juger indigne. Mais il n’est désormais plus permis de penser autre chose que ce que les médias d’État (ou de Royaumes affiliés) déversent chaque jour dans nos têtes ? Dans les Possédés de Fiodor Dostoïevski, un personnage se questionne :

« Je me demande qui nous devons remercier pour avoir si habilement travaillé les esprits que personne n’a plus une seule idée à soi ».

Au nom du Bien commun et de l’Intérêt général, faire acte d’abnégation donc, et déléguer à une poignée d’orthodoxes convaincus d’être les porte-voix de la vérité absolue, le soin de nous garantir un monde idéal par le truchement d’une obsession égalitariste, d’un révisionnisme historique, d’une rétrospection effaceuse de tout ce qui dans le passé leur paraît ignoble. Mais, n’est-ce pas nier la condition humaine que d’agir ainsi ? N’est-il pas notre propre de tâtonner, de faillir, d’errer ? L’histoire n’est-elle pas le processus même par lequel les idées viennent à l’esprit ? Sommes-nous sur le point d’entrer dans l’Éternité et de n’être plus que L’Épiphanie d’un Bien définitif ? Je le croirais volontiers si le nouveau clergé mondialisé n’était pas dans un même temps la plus grosse des entreprises au service d’un spectacle décérébrant, et si les victimes n’aspiraient pas à jouir du même superflu, de la même folie que ceux qui les ont martyrisés… Tant que le Bien galopera à dos de Picsou, il ne sera jamais qu’un mensonge…

© Thierry Aymès

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