RENAISSANCE (extrait de « Merci pour les miettes »).

La psychanalyse n’a pas pour objectif de ‘normaliser’, du moins c’est ce que je pense, mais plutôt de porter plus haut dans l’ordre du symbole ce qui selon elle n’a pas été résolu dans l’enfance et peut vous avoir été préjudiciable tant au niveau sentimental, social que professionnel. Bien mal m’aura pris de me juger névrotique pour avoir si longtemps tenu aux baisers à la russe que j’aimais à donner en cachette à la jeune femme qui, la première, m’avait aimé en retour et qui, très vite, avait estimé que j’étais trop… Poète. Elle fut à l’origine d’une nuit que même un aveugle né n’aurait su déchiffrer.

Je renoue aujourd’hui avec celui que j’étais. Au lieu de le conspuer au nom de tel ou tel discours, j’ai décidé de l’aimer et de l’imposer à qui n’en voudra pas du haut d’une certitude qui ne sera que consensuelle. Je l’écris, je lui écris en vous écrivant. Je compose, je chante pour lui au moment même où je me plais à rejouer au piano la modeste pièce que je vous adresserai bientôt. C’est en ce sens, que j’entends la phrase qui donna la tonalité de ce mardi 19 décembre ; jour où je décide de vous faire parvenir le texte que j’ai écrit hier en espérant ne pas vous importuner.

J’ajoute à cela, que j’adore le « Vous » qui me relie à l’actrice que vous êtes. Il prend acte de l’espace et du temps qui nous tient à jamais à distance ; non pas vous et moi, mais tout-le-monde et moi, tout-le-monde et vous. L’usage du « Tu » n’est bon qu’à satisfaire la pulsion la plus avide, celle qui « tient en joue », quand le « Vous » assume dignement la solitude existentielle de chacun et se contente de l’articuler à celle de l’autre. Ce n’est qu’à condition de se savoir à jamais à distance qu’une alliance est possible. L’intuition d’un jardin secret à jamais inviolable conditionne la relation telle que le « Vous » la soutient.  Pareil à la musique qui se déploie dans le temps et le glorifie, pareille à ce qu’elle donne à entendre tout en mettant notre impatience à l’épreuve, le « Vous » assume notre humaine condition.

Je n’ai pas envie de vous « tenir en joue » juste avant de vous exécuter par l’entremise insignifiante d’un « Tu ». À ma joue contre laquelle j’appuierais ce fusil si particulier, je préfère la vôtre, à jamais hors d’atteinte et pourtant si proche. Et puisque vous habitez à quelques pas du Vatican, je vous invite à revoir le plafond de la Chapelle Sixtine et plus précisément la partie centrale de la voûte où l’on peut admirer le doigt de Dieu qui rejoint celui d’Adam sans le toucher et ainsi, donne vie à l’Homme. Le Cinquecento, autrement dit, la Renaissance italienne rejoint la mienne.

© Thierry Aymès

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